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L’agencement peut-il améliorer le confinement ?

Signature internationale de l’architecture d’intérieur de luxe, Jean-Philippe Nuel explique en quoi le confinement inédit vécu actuellement par la moitié de l’humanité devrait faire évoluer son domaine d’expertise, de l’agencement au mobilier.

 

Culture Agencement : Comment l’architecture d’intérieur et l’agencement peuvent-ils aujourd’hui, dans l’urgence pragmatique actuelle, améliorer les conditions de vie en période de confinement tel que nous le vivons aujourd’hui ?

Jean-Philippe Nuel : « Au regard des conditions de confinement strict, l’amélioration de l’agencement domestique par les particuliers relève aujourd’hui du bricolage, le plus souvent improvisé et avec un matériel incomplet, en raison de la fermeture des magasins spécialisés ou de leur ouverture aux seuls professionnels, et depuis peu progressivement au grand public. Les possibilités de cette démarche sont donc très restreintes, pouvant se résumer concrètement à une simple planche posée sur des tréteaux pour concevoir un espace de travail. 

 

Culture Agencement : De fait, à défaut de pouvoir véritablement modifier quelque chose d’existant et censé être fixe, quels enseignements le confinement actuel révèle-t-il sur l’architecture d’intérieur de nos habitats ?  

Jean-Philippe Nuel : La période actuelle oblige chacun à faire preuve d’inventivité pour accroître la souplesse d’usage des divers éléments de son habitat. Toute la famille vit aujourd’hui ensemble et en permanence dans un espace restreint. Les activités qui s’y organisaient auparavant de manière occasionnelle et répétitive peuvent ainsi se télescoper. Des nouveaux usages se sont donc révélés, dont il faudra tenir compte à l’avenir pour accroître la modularité des espaces domestiques et de leurs composants.

 

Culture Agencement : Les architectes d’intérieur et les agenceurs devront donc changer leur vision et leur conception pour les chantiers du monde d’après, selon la formule désormais consacrée.  

Jean-Philippe Nuel : En effet. Durant le confinement, les familles ont dû s’adapter à une nouvelle promiscuité permanente, en transformant, par exemple, les tables de la salle à manger en espaces polyvalents de travail, de jeux ou d’autres activités créatives (peintures, travaux artistiques ou manuels, préparations culinaires) pour tous les membres de la famille. Afin de les rendre plus résistantes à ces divers usages, peut-être faudra-t-il repenser leurs matériaux en utilisant des bois pelliculés ou mélaminés. On peut aussi imaginer des tables ou des bureaux dotés de fonctionnalités supplémentaires et servant d’interfaces entre les diverses pièces de la maison, y compris entre le séjour et la chambre à coucher dans le cas où l’une des personnes devrait être provisoirement isolée des autres ; ou encore des bibliothèques intégrant des plans de travail facilement amovibles et pouvant se transformer en bureaux supplémentaires occasionnels. Au-delà du mobilier, cette évolution vers davantage de modularité devra aussi concerner les domaines de l’architecture d’intérieur et de l’agencement, avec la mise en place de grandes parois coulissantes structurant l’espace selon les besoins variables des résidents de chaque habitat, et leur permettant d’être isolés ou ensemble. Nous devrons ainsi réfléchir à la façon la plus efficace d’écrire divers scénarios de modes de vie, en vue de leur réalisation éventuelle en cas de futurs confinements ou situations analogues. Encore une fois, ces solutions devront être flexibles pour s’adapter aux conditions du moment. Car, en réalité, c’est la vie socio-économique qui génère les conditions de vie de chacun d’entre nous Or, si après cette crise du Covid-19, nous revenons à notre vie d’avant, les nouveaux mobiliers et aménagements modulaires auront moins de sens et donc de raison d’être utilisés.

 

Culture Agencement : Cette évolution va-t-elle aussi se traduire vers des conceptions plus écologiques de l’habitat ?

Jean-Philippe Nuel : Je le pense car la nécessité de mieux protéger l’environnement était déjà dans l’air du temps depuis quelques mois, voire années. Ce mouvement va se renforcer car la pandémie du Covid-19 est la conséquence d’un monde très mondialisé. Elle entraîne donc déjà la prise de conscience de la nécessité de relocaliser de nombreuses productions et, à défaut, de réduire considérablement la distance des transports de marchandises. Dans l’agencement comme dans les autres secteurs, cette évolution favorisera aussi le développement des labels environnementaux. »

 

Propos recueillis par Jérôme Alberola  



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