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Charlotte Perriand, grande pionnière de l’habitat

Et quelle pionnière ! Cette visionnaire, amoureuse de la montagne, a ouvert des voies audacieuses dans l’aménagement des lieux de vie, tant domestiques que collectifs, aux côtés du Corbusier. Mais plus et mieux que cela, Charlotte Perriand était une femme d’exception à qui la Fondation Louis Vuitton rend hommage jusqu’au 24 février 2020 dans une exposition révélant les liens du design, de l’architecture et de l’art dans son œuvre séculaire.

 

Charlotte Perriand a disparu il y a vingt ans mais son œuvre reste intemporelle, tout en étant symbolique des diverses époques auxquelles elle a imprimé sa marque, une double qualité caractéristique des créations avant-gardistes devançant les modes en les créant. De fait, ses agencements de lieux de vie résidentiels, comme les pièces de mobiliers, conservent une modernité dont on prend la mesure avec étonnement en visitant l’exposition rétrospective qui lui est actuellement consacrée à Paris par la Fondation Louis Vuitton dans la totalité du bâtiment de Frank Gehry (une première depuis son ouverture en 2014).

 


 

Des années 1920 au seuil du XXIe siècle, l’œuvre et la vie de Charlotte Perriand décrivent une trajectoire hors du commun, libre et indépendante, concrétisation du féminisme le plus noble. Diverses photos d’archive montrent ainsi la merveilleuse vitalité qui l’animait, le visage et les yeux à l’immarcescible pétillance, pouvant évoquer les clichés sépia de Rose, héroïne romantique, à la fin du film Titanic de Cameron, se libérant du joug des mœurs et des tabous sociaux pour pratiquer des activités censées être réservées aux hommes, aventuriers de surcroît.           

 

Surtout connue pour son apport dans le domaine du design et de l’architecture d’intérieur, cette pionnière n’a pas hésité à franchir les frontières entre les disciplines artistiques et intellectuelles. Sportive, grande voyageuse, attentive à la nature et à l’environnement, ouverte au dialogue des cultures, elle a vécu au quotidien ses engagements sociaux, artistiques et politiques. Usant d’une multitude matériaux – du tube chromé à la paille, au bois brut, au bambou, aux éléments préfabriquées et au polyester – elle a associé design, architecture, urbanisme, artisanat et arts plastiques sans jamais négliger les aspects humains et économiques liés à ses créations.

 


 

De déroulant sur quatre niveaux, le parcours chronologique proposé par la fondation Vuitton mêle ses travaux à ceux de ses proches, allant jusqu’à plonger le spectateur dans des reconstitutions historiques : l’appartement-atelier de la place Saint-Sulpice (1927), le Salon d’Automne (1929), la Maison du Jeune Homme (1935), la Maison au bord de l’eau (1934), le refuge Tonneau (1938) et la Maison de thé pour l’UNESCO (1993). La première galerie montre comment et avec quelle pertinence, Charlotte Perriand dès ses débuts, entre 1927 et 1929, a réinventé l’habitation notamment en collaborant avec Le Corbusier et Pierre Jeanneret.  « Mon rôle à l’atelier n’était pas l’architecture, mais l’équipement de l’habitation. Le Corbusier attendait de moi avec impatience que je donne vie au mobilier » déclarait-elle ainsi. Elle dessine notamment la chaise longue et le fauteuil grand confort. Ces chefs-d’œuvre du mobilier du XXe siècle prennent place dans une habitation manifeste, présentée lors du salon d’automne (visuel ci-dessous).

 

La galerie suivante ramène aux années 1930, théâtres de son engagement politique, social et artistique, souvent aux côtés de Fernand Léger, Picasso et Alexander Calder. C’est également avec ces derniers que, consciente des limites du progrès et de la technique, elle imagine un « art brut » en s’inspirant de la nature. Revenue en France après un séjour au Japon, Charlotte Perriand participe activement aux efforts de Reconstruction. Elle co-fonde alors le mouvement « Formes utiles », qui jouera un rôle essentiel dans l’éclosion du Design pendant les Trente Glorieuses. Elle participe à différents projets liés à l’éducation, au logement et à la santé. Partout, elle apporte une approche qu’elle synthétise en 1950 sous le titre de « L’art d’habiter ».

 


 

Rappelé dans les galeries 8 et 10, l’amour de la montagne de cette Savoyarde transparaît également dans plusieurs de ses créations, du refuge Tonneau à la station des Arcs. Enfin, c’est le rapport intime qu’elle a noué avec le Japon qui conclut le parcours : la Maison de thé conçu en 1993 pour l’Unesco est reconstruite dans la Galerie 11, en écho avec l’architecture de Frank Gehry (visuel ci-dessous).

 

Jérôme Alberola

 

Exposition Le monde nouveau de Charlotte Perriand, jusqu’au 24 février 2020 à la Fondation Vuitton, 8, Avenue du Mahatma Gandhi, Paris 16ème arrondissement

 



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