Culture Agencement
login             Culture Agencement  La vraie richesse est intérieure

    Informations - Analyses - Tendances - Innovations





Cliquer sur les logos pour en savoir plus






 Retour...



 

 

« Le secret est de rendre les espaces »

La suite de la formule vous est livré ici par Leslie Gauthier, jeune architecte à la déjà longue expérience, forgée dans les suites de l’hôtel Martinez à Cannes, les Ateliers Jean Nouvel, et les établissements du groupe Assas dont elle a créé les originales personnalités. Pièces de prédilection de ses « heureux défis » : le lobby et la cuisine, « où on aime observer, découvrir, partager du temps. »

 

Dès sa première expérience professionnelle d’architecte d’intérieur en 2001, à l’Agence Ecart, Leslie Gauthier a défini une approche rigoureuse de projets très différents, concept de boutique Leica à Berlin ou rénovation des suites de l’hôtel Martinez à Cannes. 

Conquis par sa sensibilité à l’épure du Bauhaus et aux maîtres du design des années 1950/60, les Ateliers Jean Nouvel lui ont ensuite fait confiance, lui permettant d’acquérir une     expérience exigeante et globale — agençant une vaste résidence privée à Séoul — où la précision et le goût pour l’innovation ont contribué à forger son univers.
Lignes tendues, noblesse des matériaux, extrême sens du détail… ses horizons intérieurs ont toutefois la mémoire des lieux. Cette duplicité masculin-féminin et ce mouvement perpétuel entre passé et présent ont séduit les hôteliers de montagne. Ainsi, ces dix dernières années, plusieurs établissements de Chamonix lui ont confié les clés de leur identité —  le Faucigny, l’Héliopic, le Rocky Pop — et plus récemment le St Alban à La Clusaz (notre article du 9 juillet
Une douce atmosphère d'ouvrages à vivre) , l’hôtel Araucaria à la Plagne, auxquels s’ajoutent le très parisien hôtel Square Louvois qui cultive les références à la littérature, au pied de la Bibliothèque Nationale et du Palais Royal. La vision de Leslie Gauthier s’exprime dans un réseau d’agences immobilières haut de gamme à Courchevel, Gstaad et Megève. Le contemporain y est bien présent, mais il s’unit à la tradition dans ces espaces du bon vivre, en accord avec les éléments, les savoir-faire et le paysage, où la mesure du chic intemporel fraye avec une décontraction assumée.

Si l’architecture est une finalité, le dialogue en est alors le ferment essentiel. Dialoguer avec les propriétaires, les maîtres d’ouvrage, les artisans, les entreprises, reste une constante du projet. La meilleure façon de mettre « une esthétique au service de la fonction », son mantra…

 

 

 

Culture Agencement : Comment l'architecture d'intérieur, l'agencement et la décoration (y compris le mobilier et l'électroménager) peuvent-ils améliorer le bien-être des résidents d'habitations personnelles permanentes (domestiques) ou de lieux éphémères (hôtels notamment) ?   

Leslie Gauthier : « Il me semble que tout individu se sentira mieux dans un espace où on circule bien, avec des matières douces et chaleureuses, un mobilier fonctionnel et confortable selon l’usage de la pièce, le tout rehaussé d’objets ou d’accessoires judicieusement placés. Il est important que le résident ou le client se sente bien. Pour cela, il faut personnaliser son espace à son image sans forcément vouloir à tout prix surcharger une pièce. Pour un hôtel, on s’appliquera à créer une ambiance feutrée avec des détails rassurants : des livres, des banquettes confortables, des jeux, un buffet où le client peut se restaurer ou boire une boisson à tout moment de la journée. Le secret est de rendre les espaces de plus en plus polyvalents… 

 

Culture Agencement : Quelles sont les principales contraintes de l'architecture d'intérieur, l'agencement et la décoration ?

Leslie Gauthier : « Elles peuvent résider dans le principe constructif dans le cas où le projet à réaliser est une construction neuve – si c’est une construction bois par exemple, toute la partie électricité et plomberie devra être étudiée très en amont de la partie purement décorative. Si c’est une rénovation, la contrainte peut être la présence d’un mur porteur à scier. Les aléas d’une démolition révèlent parfois des surprises avec un projet à réadapter selon l’existant. Le budget peut parfois représenter une contrainte si les aléas/imprévus sont trop importants. Mais généralement, nous parvenons toujours à des compromis très satisfaisants pour un projet réussi et abouti. 

 

Culture Agencement : Quelle est pour vous la pièce de la maison la plus intéressante à aménager et pourquoi ?

Leslie Gauthier : C’est l’espace de vie. A la maison, cela peut être la cuisine ou la pièce attenante, lieux où la famille et les amis se retrouvent. Avec les années, la notion de salle à manger s’est un peu « évaporée ». On aime désormais partager du temps et se retrouver dans la cuisine, à proximité des fourneaux, à discuter avec la maitresse de maison, toujours dans cette quête de convivialité. Dans un hôtel, l’espace de vie sera le lobby, le bar, les salons : cet espace où on aime observer, découvrir, partager du temps, vivre un moment hors du temps en se sentant à la fois dépaysé et « rassuré ». Chaque nouveau projet d’hôtel est un heureux défi : réinventer l’espace de vie sans jamais reproduire l’atmosphère et la décoration de l’hôtel précédemment réalisé.

 

Culture Agencement : Le succès des émissions TV de décoration et d’aménagement a suscité un engouement des Français pour leur intérieur, mais aussi l’arrivée d’une nouvelle concurrence. Cette démocratisation a-t-elle tendu le marché en le libéralisant ?    

Leslie Gauthier : « Oui, je pense que la déco est en effet devenue un des hobbies préférés des Français au cours de ces 20 dernières années. Ce marché a littéralement explosé. Mettre son intérieur au goût du jour, relooker son quotidien, c’est devenu très tendance à  tel point que pour certains, plus qu’un engouement et une passion, c’est devenu un métier ! Mais je ne suis personnellement pas touchée par ce secteur de passionnés « improvisés ». Il me semble que nous n’intéressons pas la même clientèle. Je pense par ailleurs qu’il faut du travail pour tout le monde. Je suis également intimement persuadée que vivre de sa passion aujourd’hui reste un luxe et que nous devons en profiter. »

 

Propos recueillis par Jérôme Alberola

Visuels : ©FabriceRambert 

 

A lire aussi : Rendre l’hôtellerie haut de gamme vivante, utile et conviviale

 

 

 



Cliquer sur les logos pour en savoir plus