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Culture Agencement : Selon vous, qu’est-ce qu’une architecture d’intérieur réussie ?

Elisabeth Leviandier : « C’est la réalisation d’un intérieur dans lequel on se sent bien, qui simplifie le quotidien et qu’on ne se lasse pas de regarder. Par ce double aspect, l’architecture d’intérieur a ainsi à la fois une fonction ergonomique des mouvements dans l’habitat et une vocation esthétique. Je suis convaincue que la beauté et la recherche de l’harmonie participent à l’amélioration de la vie dans l’habitat. S’asseoir dans son canapé en appréciant la composition des volumes de son séjour et la qualité visuelle du mobilier qui le compose est une source de bien-être.

 

Culture Agencement : Quelles en sont les principales contraintes ?

Elisabeth Leviandier : Il faut être réaliste : la première contrainte est le budget dont on dispose. Les architectes d’intérieur ne sont pas des magiciens. Aussi créatifs soient-ils, ils auront davantage de difficultés pour réaliser une architecture d’intérieur riche de sens et de séduction dans un appartement de 150 m2, avec 10 000 euros qu’avec 100 000 euros. Les contraintes techniques sont quant à elles parties intégrantes de notre métier et elles en font même l’intérêt. Tout l’enjeu est de les détourner pour les intégrer pleinement dans le projet que l’on a conçu. Le charme de notre travail est non seulement d’adapter les envies aux besoins, mais aussi d’adapter les besoins aux envies. C’est pourquoi une bonne architecture d’intérieur est aussi le fruit d’un dialogue permanent entre l’architecte d’intérieur, qui a un rôle d’écoute et de conseil, et chacun de ses clients. 

 

Culture Agencement : Quelle est pour vous la pièce de la maison la plus intéressante à aménager et pourquoi ?

Elisabeth Leviandier : J’aime beaucoup aménager les chambres à coucher, mais je pense que le salon séjour est la pièce la plus intéressante parce que présentant les enjeux les plus intéressants, en raison de la tendance appliquée depuis plusieurs années à tout ouvrir dans l’habitat et décloisonner ses différentes pièces pour les relier entre elles sans discontinuer. L’un des effets pervers de cette évolution est que les clients se retrouvent avec des espaces dont ils ne savent pas trop quoi faire. Il n’y a en effet plus de délimitation entre leur coin repas, leur cuisine pour la préparation des plats, et leur coin détente pour bouquiner ou regarder la télé. Il arrive ainsi qu’il se retrouve avec trois canapés contraints sur une petite surface et un espace vide à côté. C’est une problématique intéressante à aborder, car elle conduit l’architecte d’intérieur à redonner sens à cette vaste pièce au cœur du foyer dont la fonction première a été diluée dans celles des pièces contigües qui l’interpénètrent.  

 

Culture Agencement : Le succès des émissions TV de décoration et d’aménagement a suscité un engouement des Français pour leur intérieur, mais aussi l’arrivée d’une nouvelle concurrence. Cette démocratisation a-t-elle tendu le marché des architectes d’intérieur en le libéralisant et vous a-t-elle conduit à modifier vos prestations ?    

Elisabeth Leviandier : L’engouement effectivement suscité par les émissions TV sur la décoration et l’aménagement de l’habitat est une chose bénéfique pour les architectes d’intérieur. Le durcissement de la concurrence qui accompagne cette démocratisation va selon moi se faire sentir surtout pour l’actuelle génération d’étudiants en architecture d’intérieur, en raison de leur nombre plus important qui traduit l’expansion des vocations. Cette évolution n’est pas forcément négative, car la possibilité de comparer le travail de différents architectes d’intérieur rassure le consommateur et oblige le professionnel à chercher à se démarquer Enfin, concernant la modification ou non des prestations, je crains que les émissions TV présente une image déformée ou tronquée du métier d’architecte d’intérieur, en mettant en valeur exclusivement son aspect créatif qui ne représente en réalité qu’un quart de son activité. Tout ce qui permet de concrétiser réellement le projet, tel que le travail de réalisation des plans, la relation avec nos clients, la partie administrative et de gestion budgétaire, est ainsi laissé dans l’ombre. Ce raccourci ne montrant que le résultat laisse entendre aux téléspectateurs qu’un chantier d’architecture d’intérieur est une tâche rapide qui serait réalisée comme par magie. Montrer du rêve est une bonne chose dont nous bénéficions, mais cela présente un risque de déception lorsqu’on revient à la réalité avec nos prospects et clients. Le fait de ne jamais mentionner les prix réels des chantiers réalisés peut être aussi une source d’erreur ou de confusion dans l’esprit des consommateurs. Par exemple, une dame pensait récemment que j’allais lui apporter les esquisses complètes du réaménagement de son logement avant-même que nous ayons signé de contrat. 

 

Culture Agencement : C’est un débat qui se pose régulièrement parmi les cuisinistes, certains étant lassés de voir leur savoir-faire profiter à la concurrence, qui récupère les perspectives et dessins de la main de prospects désireux exclusivement de faire jouer la concurrence des prix. Vous n’êtes donc pas confrontée à ce problème...  

Elisabeth Leviandier : Non, je ne vois pas l’intérêt de travailler gratuitement. De fait, les architectes d’intérieur ne donnent quasiment jamais leurs plans complets avant d’avoir signé un contrat avec leurs clients. Cela dit, il arrive de délivrer des esquisses sommaires visant à montrer notre motivation et notre vision pertinente dans le cas de chantiers à pourvoir particulièrement importants. »  

 

Propos recueillis par Jérôme Alberola  

 

En passant par le Royal…

Diplômée d’un DSAA (Diplôme Supérieur des Arts Appliqués) en Architecture d’intérieur, Elisabeth Leviandier a travaillé pendant 4 ans dans l’agence de François Champsaur à Paris, sur des projets d’hôtels de luxe, tel que le Royal à Evian. Elle a ensuite créé son entreprise, avec quelques projets de réaménagement de petits appartements parisiens et une rénovation de bureaux en banlieue. Elle exerce aujourd’hui à Annecy et sur tout le bassin de la préfecture de Haute-Savoie, dans la restructuration et rénovation de grandes maisons, mais aussi le réaménagement de restaurants et la décoration d’intérieur.



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