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« Le design doit réenchanter le monde » (1/2)

Patrick le Quément a été de 1966 à 2009 l’un des designers de l’automobile les plus cotés au monde, en raison de son travail visionnaire ayant révolutionné la marque Renault. Depuis, il met son talent au profit des bateaux à voiles et transmet sa passion aux élèves de la Sustainable Design School qu’il a cofondée à Cagnes-sur-Mer. Vocation : transversalités plurielles et construction d’un futur désirable.

 

Culture Agencement : En 2003, pour un magazine dédié aux professionnels de la cuisine équipée, vous m’aviez accordé une interview qui a fait date. Vous y prôniez les vertus de la transversalité d’inspiration, également appelée fertilisation croisée entre les divers secteurs d’activité, expliquant que chez Renault, vous entreteniez « une veille dans l’ameublement et la décoration, vos équipes se rendant notamment aux salons du meuble de Milan, Cologne ou Stockholm. » 16 ans plus tard, alors que votre parcours vous a conduit (sans jeu de mots) à œuvrer dans le nautisme, estimez-vous que cette transversalité est toujours nécessaire ou, au contraire, qu’elle a atteint ses limites et qu’il convient de se reconcentrer sur le produit et les réflexes socioéconomiques conditionnant son achat ?

Patrick le Quément : « La transversalité ou fertilisation croisée est toujours d’actualité, demeurant même d’une importance extrême dans le domaine de la création. Je pense qu’elle doit s’exprimer non seulement au travers d’une inspiration de secteurs d’activités variés, mais aussi, voire surtout, d’équipes issues de cultures différentes. Lorsque je travaillais chez Renault, les personnes qui avaient la meilleure perception du luxe à la française étaient les étrangers, notamment un Canadien anglophone qui était venu s’installer dans notre pays car il était passionné par notre culture. Une petite histoire explique bien le phénomène : un homme se promène le long d’une rivière par une chaude journée d’été. Désireux de s’y baigner pour se rafraîchir, mais prudent quant au risque de choc thermique, il demande à un poisson à quelle température est l’eau. Et le poisson lui répond : “ L’eau ? Quelle eau ?”. On ne voit donc bien une chose et on en comprend bien les problématiques de création, lorsqu’on en est situé en dehors, pour en avoir une vision générale et exempte d’idées préconçues forgées par d’autres. Il faut sortir des ornières. Je pense qu’il est bien sûr nécessaire d’avoir recours à des designers pour créer de nouveaux produits, mais aussi et tout autant de sociologues, d’ethnologues ou d’autres professions apportant un regard nouveau et essentiel. Mon ambition reste toujours la recherche permanente du graal qui consiste dans l’innovation pure, mais qui aille toujours au-delà des attentes convenues. J’ai écrit un article dans une revue américaine que j’avais titré “ Entrez par la fenêtre”, en rappelant qu’il est parfois nécessaire de pénétrer dans une pièce autrement que par la porte afin d’avoir une nouvelle vue de ses espaces, volumes et autres composants. Pour faire du bon design, et des belles créations, il est ainsi essentiel d’avoir un regard neuf et de redécouvrir son domaine de compétences. C’est pourquoi lorsque j’ai quitté Renault, j’ai fait le choix volontaire de ne plus travailler dans l’automobile et d’exercer dans un domaine - le nautisme - où je redevenais un novice (voir le lien à la fin de cet interview, ndlr).

 

Culture Agencement : Vous avez ainsi voulu vous réenchanter par la découverte émerveillée des processus de création. Est-ce à dire qu’au-delà de la transversalité sectorielle, voire transdisciplinaire, les designers doivent aussi s’émanciper un peu de la rationalité des cahiers des charges pour introduire des émotions, voire une forme de poésie dans leur création afin, à leur tour, de réenchanter le monde ?  

Patrick le Quément : Tout à fait, mais pas seulement, car le processus de création doit aussi s’adapter à l’évolution de son contexte, quitte à venir parfois en réaction afin d’ouvrir des pistes nouvelles. Je suis aujourd’hui très heureux de travailler avec des ethnologues, mais aussi, bien sûr, avec des spécialistes du marketing qui ne travaillent pas selon les critères et procédés bêtes et méchants que j’ai décrits il y a très longtemps (dans notre fameuse interview de 2003, notamment, ndlr), comme du marketing extinctif, versus le design instinctif que je prônais. Lorsqu’on emploie le mot design, on l’associe souvent exclusivement au stylisme, par exemple pour les canapés qui en l’occurrence sont plutôt peu confortables. Or, le design ne se limite pas seulement à la forme et à la fonction des produits, mais à leur impact positif sur leur environnement, c’est-à-dire le nôtre. »  

 

Propos recueillis par Jérôme Alberola  

Visuel du haut : Tout premier projet nautique de Patrick le Quément, l’Outremer 5X est sorti en 2013 et a été élu Bateau Européen de l’Année. Pour découvrir la vidéo du dernier bateau en date qu'il a conçu : cliquez ici



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